Reims
Première bourse artistique municipale
Bingo pour… la nièce de l'adjointe
L'attribution de la première bourse artistique municipale à Florence Kutten, nièce d'une adjointe au maire, fait tousser en coulisses. Méchante, l'attaque est-elle justifiée ?
«CETTE année, c'est Florence Kutten, la nièce de l'adjointe d'Adeline Hazan chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes qui remporte la bourse municipale d'aide à la création artistique. L'an prochain, je vous fais le pari : c'est Myriam Bâ qui l'aura. » Lancée par un élu d'opposition au cours d'un vin d'honneur, la formule est violente. Méchante.
Elle reflète pourtant plusieurs remarques que nous avons pu entendre et un courriel que la rédaction a reçu suite à la parution d'un article dans le bulletin municipal VRI de janvier. Il révèle que c'est la plasticienne Florence Kutten, qui s'est vue attribuer la première bourse d'aide à la création artistique décidée en septembre au conseil municipal.
Sans l'UMP qui s'était abstenue après que Pascal Labelle a dénoncé « le flou artistique » qu'il y avait selon lui dans les modalités d'attribution de cette bourse. « En commission, le projet a été soumis. Il n'a jamais été discuté ou fait l'objet d'un vote. C'est d'autant plus navrant que le règlement stipulait que la bourse pouvait être attribuée à un projet qui n'aboutirait pas nécessairement à une réalisation concrète. Enfin, il était dit que le comité d'experts appelés à juger serait éventuellement composé de professionnels du monde culturel. »
Quatre candidatures
Ayant rendu son tablier d'adjointe à la culture le 1er janvier, Sarah Ouaja Ok, qui a présidé cette fameuse commission, s'émeut en apprenant que le choix de Florence Kutten puisse faire polémique. « Aurait-il fallu pénaliser cette artiste parce que sa tante fait partie du conseil municipal ? » Et de s'expliquer. « Dans le jury qui s'est réuni le 19 novembre il y avait deux élus, Thierry Wipplert et moi-même, le directeur de la culture Alain Perrin, Didier Janot de l'association Prisme et deux artistes : le sculpteur Alain Lapie et Cécile Bethléem, dernière lauréate d'un concours organisé dans le cadre du jumelage avec Arlington. » (NDLR : au moins sur ce point le vœu de l'opposition a été entendu.)
« Le choix parmi quatre dossiers a été fait selon des critères artistiques. Les gens ont voté, il faut respecter ce vote. Avant de critiquer, les gens devraient prendre connaissance de l'ensemble des dossiers. Enfin, j'ajouterai que Florence Kutten a déjà beaucoup été aidée par la droite, que la Région la soutient aussi. Il n'y a donc rien de scandaleux à ce que la nouvelle municipalité lui apporte une aide aussi. »
Florence Kutten a donc reçu un chèque de 5.000 €. Mais sensibilisé par un autre dossier qui tournait autour de Reims 2020, le jury va voir dans quelles conditions ses auteurs pourraient le travailler avec la Ville. « Il y avait d'autres projets intéressants mais qui étaient déjà totalement financés. »
Tante de Florence, Christiane Kutten, adjointe, avoue qu'elle s'attendait un peu à des allusions suite à cette récompense du travail de sa nièce plasticienne. « Je ne faisais pas partie du jury. Et puis, vous savez Jean-Louis Schneiter a aussi beaucoup aidé Florence dont il aimait le travail et la personnalité. Ce n'est vraiment pas gentil pour elle de mettre en doute la qualité de son travail. »
Alain MOYAT SOURCE !
« C'est vexant, mais je m'en moque, j'avance »
Dire que la plasticienne Florence Kutten apprécie qu'on puisse mettre en doute son talent, serait mentir. « Ça me vexe, mais on me l'avait dit dans mon entourage quand la gauche est passée, que je serais aidée et que ce serait facile pour moi. Qu'on arrête un peu avec la gauche et la droite. Falala m'a aussi soutenue par le biais de Gérard Stasi qui m'a permis d'occuper durant trois ans une friche industrielle au Chemin Vert. Mario Rossi a été la crème des crèmes et Schneiter aimait bien le travail que je faisais… Ils m'ont permis en 2007 de faire l'expo « Tructeur » et m'ont donné 10.000 €. » De retour de Beijing (Pékin) où elle vient, grâce au soutien de la Ville, mais aussi de l'Orcca (région) et de RMS, de passer plusieurs mois dans une friche industrielle, le 798, où s'expriment près de 300 artistes chinois, Florence Kutten, 40 ans, jette un coup d'œil dans le rétro. C'est à 12 ans, coincée par la pluie dans une cabane de chasse, qu'elle sculpte dans la terre sa première pièce : un homme sans tête. « Depuis ce jour, la vie m'a paru avoir un sens et je n'ai jamais arrêté. » Après avoir suivi les Beaux-Arts à Reims à 17 ans puis ceux de Paris dans l'atelier de taille de Pierre Cardot, la jeune femme s'investit à Reims. « Je n'ai pas peur des situations périlleuses et je pense que l'art ne doit pas être élitiste alors j'ai travaillé dans un hôpital psychiatrique de jour, avec des handicapés au CRM, au foyer Yvon-Morandat. J'ai même fait une fresque antique au pont de Witry dans le cadre de la réinsertion. l'union d'ailleurs m'a toujours suivie. Adepte des performances en art contemporain, Florence Kutten bonifie sa formation classique. « J'ai fait des copies pour le cimetière du Nord, un Christ à l'église Saint-Vincent. Un Christ droit, qui regarde bien en face. »
Des projets
Sur le court terme, la plasticienne a déjà un nouveau projet à Pékin en 2011. « Il s'agirait, avec le concours d'Hubert, un artiste chinois qui a été formé à l'Esad de Reims, de repeindre une cheminée de 40 m à notre façon sur le thème de l'Apocalypse de Dürer qui est au musée Le Vergeur. J'attends aussi la confirmation pour une performance en juillet au festival de Montréal. »
A.M.

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